BASTIDE Catherine

Age : 77 ans
Thème : Scoutisme

Son témoignage :

Le parcours de Catherine LAUTMANN - BASTIDE
(Contribution écrite à l’occasion de la publication par les E.E.D.F. d’un « livre d’or » en 2001)

Entrée à la F.F.E. en 1938 comme Petite Aile à Paris, j'y ai continué mes activités à Toulouse dans les années 1940 à 1945 comme Éclaireuse, avec quelques périodes "blanches" pour cause de guerre et de clandestinité (j’ai été une enfant cachée)…

Après la Libération et le retour à Paris, quelques camps mémorables (toujours avec la F.F.E.) en particulier dans les pays scandinaves à une époque où cela n'était guère courant. Puis, aux Éclaireurs de France, la responsabilité d'une meute de Louveteaux à l'Institution Nationale des Sourds-Muets qui m'a donné mon choix professionnel : je suis devenue professeur spécialisée de l'enseignement des sourds (devenus depuis "déficients auditifs") après avoir présenté ma thèse sur … "le Scoutisme Éclaireurs de France chez les sourds-muets". Aux E.D.F. toujours, j'ai gravi quelques échelons : A.C.P.L. (assistante au Commissaire de Province branche Louveteau) à Paris-Sud – dont le local se trouvait à la Mouff’, membre du Comité Directeur pendant neuf ans …

Le groupe de l'Institut National de Paris, créé en 1935, a vécu, avec des activités de vrai scoutisme adaptées au handicap, pendant un certain nombre d'années. L'équipe d'encadrement du groupe travaillait en liaison avec la Commissaire Nationale Extension, Érable Lévy-Danon, et l'équipe nationale Extension dont je faisais partie. Mais sont apparus deux types de besoins :
- un besoin d'adaptation à l'évolution des loisirs offerts aux jeunes,
- un besoin d'ouverture vers le "milieu" associatif des déficients auditifs.
Ces deux besoins ont conduit à une évolution de nos activités et à la création d’une association spécifique, dénommée « Loisirs éducatifs de jeunes sourds », membre fondatrice de l’Union nationale pour l’insertion sociale du déficient auditif (UNISDA) .(…)

Indépendamment de ce domaine, où se combinaient mon activité professionnelle et l'engagement associatif, j'ai assuré, de 1985 à 1996, l'animation à l'UNESCO de l'équipe de l'A.M.G.E. - Association Mondiale des Guides & Éclaireuses - (WAGGS) où je me suis plus particulièrement intéressée aux sujets concernant les droits de la personne humaine, l'alphabétisation, l'environnement. (…) La dizaine d'années passées à l'UNESCO par délégation de l'A.M.G.E. m'a permis, à la fois, de prendre conscience des problèmes rencontrés un peu partout et de l'importance que pouvait y avoir l'approche proposée par le Scoutisme - et de nouer quelques relations amicales avec des membres d'autres associations, françaises ou étrangères.

Ces deux composantes conduisent à se poser des questions et à ne pas limiter les réponses à ce que nous savons faire - à ne pas nous considérer comme dépositaires d'une vérité. À titre d'exemple, j'ai noté, lors d'un colloque à Nairobi, que les Guides du Kénya avaient créé un brevet de « protection de la grossesse adolescente », répondant d'une manière spécifique à un besoin constaté et à un problème qui est, actuellement, prioritaire à l'A.M.G.E.. Ce n’est plus du scoutisme « classique » !.

Mes conclusions …

Ces deux domaines d'activités et de préoccupations ont un point commun essentiel, que j'ai découvert et approfondi tout au long de mon parcours associatif : le Scoutisme, dans son principe et sous réserve d'adaptations nécessaires, peut apporter des réponses à de réels problèmes qui se posent à l'être humain. Il ne peut se limiter à son aspect « technique » mais doit tenir compte de son environnement social, qu'il s'agisse, chez nous, du handicap (la personne handicapée étant à considérer comme autonome et non comme assistée) ou, un peu partout, des droits humains.

Il n'y a pas, dans mon esprit, de « dévouement » au service d'une ou plusieurs causes, ni de « charité », mais d'une construction progressive de la personnalité au contact des réalités de la vie. C'est le message que la F.F.E., les E.D.F., les E.E.D.F., l'association « Loisirs Éducatifs de Jeunes Sourds », l'UNISDA, l'A.M.G.E. et l'UNESCO m'ont aidée à dégager, à travers rencontres, découvertes, aventures et émotions … Le Scoutisme est un militantisme.


FRANCOIS Pierre

Thème : Scoutisme

Son témoignage :

Pierre François, né à Lyon en 1907, entre, avec son frère Louis, aux Éclaireurs de France après la guerre, pour y pratiquer un scoutisme « authentique et rude ». Bien que de tempérament plutôt artistique, il accepte, sous l’influence de son père, de préparer à Paris l’École Nationale d’Agronomie.

Avec une recommandation d’André Lefèvre, Vieux Castor, il trouve à la Maison pour Tous de la rue Mouffetard une famille d’accueil, mais aussi des amis comme « Baloo » Grandjouan, André Basdevant ou « Bagué » Bouteille. C’est également à la Mouff qu’il rencontre Élisabeth Risler, « Loutre », qu’il épouse en 1931.

En 1929, il commence une carrière dans une entreprise agro-alimentaire, mais il est bientôt appelé à l’échelon national par Vieux Castor.

À partir de 1931, il y prend ses fonctions, et entreprend de nombreuses tournées dans toute la France pour propager le scoutisme laïque, en particulier auprès des élèves des Écoles Normales et des membres de l’enseignement. Il dirige de nombreux camps-écoles à Cappy et commence à s’intéresser au scoutisme dans les pays colonisés.

Il participe, avec André Lefèvre, à la création des CEMEA, Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation Active, prolongement des méthodes de formation du scoutisme vers les colonies de vacances.

Mobilisé en 1939 et fait prisonnier en 1940, il parvient à s’évader et rejoint Vichy où son épouse est propriétaire d’un hôtel, le Pavillon Sévigné, qui a été réquisitionné pour y abriter les services… du chef de l’État. Pierre François s’arrange alors pour héberger les bureaux des E.D.F. repliés de Paris, où ils sont interdits, dans une annexe du Pavillon Sévigné au 11bis de la rue de la Tour. Et il en prend la direction comme Commissaire Général ; en 1940, il participe efficacement, aux côtés du général Lafont, à la création de la Fédération du Scoutisme Français. Dans son équipe, il y a, entre autres, René Duphil, René Tulpin, les frères Sainderichin, « Baghé » Bouteille, Georgy Wetter, Abeille Leonardi, Mion Valoton, Eugène Arnaud. Ils forment, avec leurs familles, une très amicale communauté qui fait ainsi face aux difficultés et aux horreurs de l’époque. Ils abritent des juifs pourchassés. Les François et les Duphil accueillent, dans leur logement du Pavillon, des éclaireuses juives qui y vivent sous un faux nom. Ils s’y livrent à une intense fabrication de fausses cartes de ravitaillement et d’identité. Il ne manque pas d’encourager les jeunes qui rejoignent les maquis et la Résistance. Pierre Déjean, commissaire national pour la zone occupée, y est chargé de maintenir des activités clandestines ; membre d’un mouvement de Résistance, il est arrêté, torturé et déporté à Mauthausen dont il ne reviendra pas. Louis François, universitaire et frère de Pierre, est également déporté, à Dora.

Après la Libération les E.D.F. retrouvent Paris et commencent, sous l’impulsion de Pierre François, Jean Estève et Pierre Buisson, une profonde évolution des principes d’animation du Mouvement dans le sens d’un approfondissement de la démocratie et de la formation à la citoyenneté. Pierre François, qui a réfléchi depuis plusieurs années à l’ouverture du scoutisme laïque, participe à la création des Francs et Franches Camarades (aujourd’hui les « Francas ») dont il sera le premier président. Il s’intéresse également à l’évolution du scoutisme dans les pays d’outre-mer et participe à la réflexion qui conduit progressivement à la création de mouvements scouts autonomes. Il préside la Commission jeunesse du Ministère de l’Éducation Nationale et le Comité Jeunesse de la Commission nationale française de l’UNESCO.

En 1951, Pierre François prend sa retraite des E.D.F. et entre à l’UNESCO comme chef de la section Jeunesse. Avec son frère Louis, il participe au lancement des « Clubs UNESCO » dont le but est de mieux faire connaître les activités culturelles internationales de l’institution dans les établissements scolaires français. En 1972, il prend la direction du Foyer international d’accueil de Paris (le « FIAP ») et en fait un lieu d’activités culturelles accueillant peintres et musiciens.

Son attachement au service du scoutisme laïque ne s’arrête pas là : dans les années 70, le Mouvement, devenu les Éclaireuses et Éclaireurs de France, connaît une période de crise et le Comité Directeur fait appel à lui comme président : fidèle à son idéal de démocratie, il propose une grande « consultation » de l’ensemble des membres, et des « Assises » pour redéfinir les bases d’un Mouvement rénové. Ce sont ses valeurs et ses principes, nés d’une expérience continue et d’un attachement sans faille, qui ont aidé à la définition d’un scoutisme laïque qui fêtera en 2011 son premier centenaire.

Pour en savoir plus, et, en particulier, avoir accès à la correspondance de Pierre François, voir le site www.aaee-anciens-eclaireurs.fr ou www.aaee-anciennes-eclaireuses.fr. Indiquer « Pierre François » dans le cartouche de recherche.





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