Invitation au colloque








LEVY Jean-François

Age : 70 ans
Thème : Scoutisme

Son témoignage :

Mon parcours dans le scoutisme est très « atypique ».

Aux alentours de 1950 mes parents auraient bien aimé que je rejoigne un groupe de scoutisme pour être avec des jeunes de mon âge. Mais je n’ai jamais voulu. C’est beaucoup plus tard que j’ai compris ce qui m’avait retenu. Lorsque j’avais un peu plus de 4 ans et que mes parents se sont séparés de moi pour que je survive aux persécutions contre les Juifs, ils m’ont – avec raison évidemment – « pris en traître » en m’annonçant que je les quittais quelques jours. Ces quelques jours ont duré exactement 1 an. Et lorsque, après la Libération, j’ai eu la chance de retrouver mes deux parents (ce qui n’avait pas été le cas de tous les enfants réfugiés avec moi), je n’ai pas voulu me retrouver avec d’autres enfants sans eux. Je n’ai réellement compris ce qui m’avait frappé que lorsque, voyant plusieurs décennies plus tard le film « le Vieil Homme et l’Enfant » et la scène où les parents et le fils se séparent, j’ai eu un retour de la scène de séparation que j’avais vécue et qui était enfouie au tréfonds de ma mémoire sans que j’en aie conscience.

C’est à l’occasion de mon quarantième anniversaire, en 1979, que je suis allé rejoindre pour un week-end ma femme Martine qui était à la cuisine des louveteaux dans le groupe EEDF où était une de nos filles. J’ai pu découvrir sur place ce qu’était le scoutisme et j’ai renouvelé l’expérience plusieurs étés jusqu’à ce qu’on me propose de m’occuper du clan, ce que je fis.

Participant de plus en plus à la vie du groupe, j’ai eu envie de m’impliquer plus aux EEDF et me suis donc présenté à l’élection du Comité Directeur au sein duquel j’ai siégé de 1987 à 1993, les dernières années comme vice-président. Membre d’une équipe de groupe (… dans un groupe qui n’était pas toujours en accord avec ce qui se passait au niveau national) et du comité directeur, j’ai pu voir de nombreux aspects de notre association, qu’il s’agisse de la vie « à la base » ou des difficultés des sujets à traiter au Comité Directeur, difficultés souvent mal perçues par les animateurs des groupes au point qu’ils disent souvent « ils » lorsqu’ils parlent du comité directeur alors que ce sont ceux qu’ils ont élus pour traiter tous les sujets.

Engagé parallèlement dans ma communauté juive, je n’ai eu de cesse au sein du scoutisme, et en particulier dans les rapports avec les associations « confessionnelles », de souligner ce qui pour moi est la laïcité vraie et sincère, c'est-à-dire celle où l’on rencontre « celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas » pour reprendre le leit-motiv du beau poème « La Rose et le Réséda » de Louis Aragon.

Mais ce que j’ai vécu de plus fort aux EEDF ce sont les camps chantiers que Martine et moi avons dirigé en Côte d’Ivoire. Je la laisserai en parler car elle le fait mieux que moi. Je soulignerai cependant l’importance qu’eut pour moi le fait de mieux faire connaître la relation à l’Autre aux jeunes qui participaient à ces camps : comment comprendre ce que les immigrés vivent chez nous mieux que lorsqu’on voit comment ils vivent chez eux ! « servir son pays et l’amitié entre les hommes », c’est ce que nous avons fait en Côte d’Ivoire et nous l’avons écrit sur les bâtiments réalisés à l’occasion de ces camps chantiers.

Depuis que j’y ai été entraîné par Martine, je n’ai jamais cessé d’être engagé dans le scoutisme, jeune et adulte, au point de souhaiter aider à continuer ce qu’elle avait fait au sein de l’Amitié Internationale Scoute et Guide, où je suis engagé dans le groupe « Statuts » du Comité mondial ; représentant aujourd’hui les EEDF au bureau du Scoutisme Français, je m’efforce de continuer à porter haut le drapeau de notre scoutisme laïque.

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